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Accenture rend palpable la révolution digitale

Dans le magazine Challenges, Gilles Fontaine revient sur les résultats exceptionnels d'Accenture, portés par la croissance de ses activités liées à la transformation digitale des entreprises.​


La multinationale du conseil a parmi ses clients les plus grandes entreprises mondiales.
Elle les a très tôt sensibilisées à l’urgence de mener leur transformation numérique, et montre l’exemple


«On nous a dit que vous étiez les meilleurs ! » Fraîchement nommée à la direction générale d’Engie, Isabelle Kocher reçoit, tout sourire, le PDG d’Accenture Pierre Nanterme, le mercredi 4 mai au petit matin. Toujours en mouvement, celui- ci a fait le déplacement depuis Munich, où il rencontrait un client. Mais il n’espérait sans doute pas une introduction aussi flatteuse : « Vous êtes bien informée », rétorque poliment le patron français.

Ce jour-là, au 22e étage de la tour Engie, à la Défense, les deux groupes s’engagent sur un gros pari : l’énergéticien veut investir en trois ans 1,5 milliard d’euros dans la transformation digitale de ses métiers et l’émergence de nouveaux business, annonce Isabelle Kocher. Accenture sera au coeur de ce chantier qui promet de bousculer l’entreprise de fond en comble, notamment dans sa relation avec ses clients.

La transformation digitale de l’entreprise, c’est la spécialité d’Accenture. Derrière cette formule un peu éculée, la multinationale du conseil veut aider les entreprises à faire leur révolution numérique pour éviter d’être broyées, « ubérisées ». Engie veut développer des applications et des services permettant au client de mieux contrôler sa consommation, et même sa production d’énergie. « C’est à peu près la taille de nos principaux concurrents, toutes activités confondues », précise Pierre Nanterme.

Depuis son arrivée il y a cinq ans, le patron français a donné un sérieux coup de peps à l’entreprise, héritage de l’éclatement du groupe Arthur Andersen. Le chiffre d’affaires a progressé d’environ 20 %, et la valorisation boursière a plus que doublé, à plus de 75 milliards de dollars. Le groupe en est à son sixième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres, et sur l’ensemble de l’année dernière, sa progression était de 11 % en monnaie locale, trois fois mieux que l’industrie.

A en croire le marché, la fusée Accenture n’est pas près de ralentir : fin 2015, six fonds d’investissement ont augmenté leur participation au capital, de façon substantielle. Dans son rapport annuel 2016, l’hebdomadaire spécialisé dans la publicité et les médias Advertising Age a élu Accenture Digital, l’entité spécialisée dans les services numériques, « réseau d’agences digitales le plus important et avec la plus forte croissance dans le monde ».

Demande exponentielle

« Je suis content de nos résultats », lâche le patron d’Accenture. Toujours courtois, Pierre Nanterme, 57 ans, est l’un des hommes les plus influents de la planète, prodiguant ses conseils aux comités exécutifs des 2 000 plus grosses entreprises mondiales. Elle les a très tôt sensibilisées à l’urgence de mener leur transformation numérique, et montre l’exemple.​ Accenture ne travaille qu’avec les puissants. Et concentre ses efforts sur ces nouveaux services, pour lesquels la demande est exponentielle. Il a regroupé ces prestations digitales sous un curieux acronyme, IMACS, recouvrant cinq compétences où il veut imposer son leadership : le marketing digital interactif, la mobilité, l’analyse de données, le cloud et la cybersécurité.

« Ces phénomènes remettent en cause le mode de fonctionnement, les modalités d’affaires de toutes les industries », martèle Pierre Nanterme. Nous avons identifié cette révolution digitale plus tôt que nos concurrents au travers de nos laboratoires et de divers capteurs, notamment aux Etats-Unis. » Ses clients sont en phase de réinvention complète de leur manière de vendre, d’organiser l’entreprise, et doivent s’adapter aux technologies émergentes : Internet des objets, bitcoin, intelligence artificielle...

Arrivé à la tête du groupe il y a cinq ans, Pierre Nanterme a mis l’accent sur le développement des services digitaux, faisant bondir le chiffre d’affaires et la capitalisation.

Quarantaine de rachats

En prenant les commandes du groupe, le patron français a engagé un plan stratégique baptisé « Ambition 2020 », qui prévoit d’aligner tous les investissements pour assurer cette rotation digitale. Le géant du conseil s’est offert les compétences qu’il ne possédait pas. Depuis 2013, environ 3,3 milliards d’euros ont été dépensés dans l’acquisition d’une quarantaine de sociétés, notamment l’agence de design londonienne Fjord, intégrée il y a trois ans. Avec ses 20 studios dans le monde employant quelque 800 personnes, elle est leader sur le segment de l’expérience client à l’ère numérique. C’est elle qui travaille sur le plan de transformation d’Engie. Récemment, Accenture a aussi mis la main sur IMJ, la plus grosse agence de marketing digitale au Japon, ou la société newyorkaise DAH, spécialiste de la blockchain.

Cette rotation digitale, le géant du conseil la vit lui-même de l’intérieur. Depuis quelque temps, le patron d’Accenture et ses équipes se livrent à un étrange rituel. Dès qu’ils le peuvent, ils échangent via leurs hologrammes. Pierre Nanterme est un adepte du genre : son image est projetée en direct et en 3D à des centaines ou des milliers de kilomètres de l’endroit où il se trouve, sur la scène d’une salle de conférences où sont rassemblés des salariés ou des clients du groupe. La technologie est testée en permanence à l’intérieur de l’entreprise pour suggérer de nouvelles façons d’améliorer la productivité des PDG, et créer de meilleures expériences de communication avec leurs employés, où qu’ils soient dans le monde.


Vitrine de la transformation

Pierre Nanterme est persuadé que les réunions en hologramme vont fortement se développer dans les trois prochaines années. Et cette évolution n’est qu’un avant-goût des bouleversements qui attendent les entreprises, et dont Accenture se veut la vitrine.
« Nous testons nous mêmes tout ce que nous développons », explique Marc Carrel-Billard, le patron de la recherche et du développement du groupe. Sans doute le spécialiste planétaire de la transformation digitale a-t-il poussé un peu loin ses préceptes : son siège social est à Dublin, mais il ne possède aucun quartier général, et ses dirigeants passent l’essentiel de leur temps dans les avions ou chez les clients. « Nous sommes obsédés par l’efficacité », scande Pierre Nanterme. Assez fort, pour qu’il résonne comme un cri de ralliement aux oreilles de ses clients.

Marc Carrel-Billiard

Marc Carrel-Billiard
Directeur Général Monde de la
R&D technologique d’Accenture

Un groupe qui fait une place particulière aux Français

« La France est mon camp de base, mon camp fiscal, mon camp familial. » Pierre Nanterme, le patron français d’Accenture, a une affection toute particulière pour son pays. Quand il a pris la charge du groupe, il n’était pas question qu’il s’installe à Dublin, siège social de l’entreprise. La France figure parmi les cinq plus gros pays d’Accenture, et la « rotation numérique » y est « bien engagée », dit-il.
Elle lui sert de marché test. Les Français tiennent une place toute particulière dans le groupe. Accenture Research, sorte de think tank du groupe, est dirigé par Francis Hintermann, et la R&D, depuis octobre dernier, est emmenée par Marc Carrel-Billard. « Le système de formation français apprend à apprendre, explique-t-il. Et c’est très apprécié à l’étranger. » Une belle leçon d’anti-French-bashing.

 

Article de Gilles Fontaine – Challenges – 19 mai 2016 - n°478



Cet article est reproduit avec l’autorisation de Accenture Challenge

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