La responsabilité sociétale des entreprises n’est ni une mode ni un artifice marketing : responsabilité et croissance sont non seulement conciliables, mais elles sont même indissociables.

Si beaucoup de progrès ont été accomplis ces vingt dernières années dans le domaine de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), deux évolutions concomitantes viennent fortement accélérer ce mouvement – et lui donner une toute nouvelle ampleur :

  • l’ensemble des parties prenantes avec qui l’entreprise est en relation - clients, employés, partenaires, actionnaires… - exerce une pression de plus en plus soutenue pour valoriser les initiatives et les engagements en termes de RSE.
  • les technologies digitales sont porteuses de nouvelles solutions concrètes et viables pour réduire l’utilisation des ressources naturelles ou l’empreinte carbone, mais aussi les risques émergents, notamment financiers.

Notre analyse montre par ailleurs qu’impact environnemental et social et performance financière sont étroitement liés. Et pour le meilleur : les entreprises les plus responsables, c’est-à-dire celles qui intègrent systématiquement les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs prises de décision et leur stratégie, sont de fait celles qui affichent les meilleurs indicateurs financiers. Elles ont ainsi une marge opérationnelle plus élevée (+3,2% en moyenne) et un plus fort rendement pour les actionnaires (+9,3% en moyenne). Un constat qui devrait encourager nombre d’entreprises à revoir leur approche de la RSE…

Les entreprises responsables affichent des performances financières plus élévées

"Les entreprises responsables affichent des performances financières plus élévées."

L’engagement en actes

Que font ces entreprises de « plus » que les autres ? Elles pensent responsabilité en permanence. Leur engagement sociétal procède d’une véritable stratégie d’entreprise, portée par la direction générale et basée sur une culture transparente et collaborative.

Trois piliers incarnent le mieux l’entreprise responsable à forte croissance :

  • L’innovation engagée : 48 % des entreprises à forte croissance privilégient le développement de produits et services à impact social et environnemental positif (contre 33 % pour celles à croissance faible ou modérée). Phillips s’est par exemple lancé un objectif ambitieux en la matière : améliorer la vie de plus de trois milliards de personnes à travers le monde chaque année, d’ici à 2030. Pour s’assurer d’atteindre cet objectif, l’entreprise a développé un modèle qui lui permet de déterminer combien de personnes ont été en relation avec l’un de ses produits ou services, et dans quelle mesure cela a amélioré leur vie – que ce soit dans l’univers des soins ou du bien-être, ou dans celui de l’efficacité énergétique.
  • Le développement des talents : les entreprises à forte croissance investissent dans l'employabilité de leurs collaborateurs. Près de 50 % d’entre elles (contre 32 % de celles à croissance faible ou modérée) ont mis en place des plans pour accompagner les bouleversements des modes de travail. Henkel a ainsi lancé un plan de formation numérique à destination de ses 53 000 employés à travers le monde. Les collaborateurs se verront proposer des offres personnalisées pour acquérir de nouvelles compétences spécifiques liées à des besoins business. L’ambition de ce programme est aussi d’encourager l’apprentissage continu pour tous.
  • La technologique maîtrisée : les technologies émergentes sont certes une priorité, mais les entreprises à forte croissance ne confondent pas vitesse et précipitation. Elles redoublent de vigilance afin d’évaluer les potentiels risques. Elles sont ainsi plus en pointe que leurs concurrentes dans les domaines de la protection des données clients, de la cyber-résilience ou du développement d’une IA responsable. Ainsi, la Charte de confiance, lancée à l’initiative de Siemens avec huit autres membres fondateurs dont Airbus, Allianz et Daimler, appelle à renforcer l’engagement des entreprises et des gouvernements dans la cybersécurité.
les entreprises à forte croissance sont des entreprises responsables

Et en France ?

Malgré quelques bons élèves et une assez large diffusion des bonnes pratiques de la RSE, les entreprises françaises ont encore des progrès à faire pour rejoindre le peloton de tête des organisations responsables à forte croissance. Leur principal handicap ? Une certaine frilosité. Elles n’ont pas totalement intégré la dimension stratégique de la RSE. Pour preuve : seulement 36 % des cadres dirigeants français estiment que le sujet de la RSE doit être à l’avenir pris en main par le PDG. Ce chiffre s’élève à 52 % au niveau mondial, et même à… 67 % dans les entreprises à plus forte croissance.

Demain, tous responsables ?

Si l’on se projette un peu, on retiendra de ces chiffres et exemples que le temps n’est plus à l’attentisme ou aux hésitations. La double évolution mise en lumière - pression des multiples parties prenantes et potentiels rendus possibles par les avancées technologiques - impose à toutes les entreprises de changer rapidement de braquet. Et de considérer la responsabilité sociétale non plus comme une contrainte, mais bien comme un axe central de la stratégie et de l’activité de l’entreprise. Pour ainsi concilier responsabilité et rentabilité - sans avoir à choisir entre les deux.

Laurence Morvan​

CHIEF CORPORATE SOCIAL RESPONSIBILITY OFFICER

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