RAPPORT DE RECHERCHE

En bref

En bref

  • Accenture a réalisé une vaste étude sur les attentes des consommateurs autour du véhicule électrique.
  • Réalisée fin 2018, elle a permis d’interroger 6000 consommateurs, propriétaires ou non de véhicule électrique, en Europe et aux Etats-Unis.
  • Ces quelques enseignements permettront aux Utilities de lever les barrières à l’achat pour répondre aux attentes réelles des utilisateurs.


Alors que la conscience écologique prend de l’ampleur, les habitudes de consommation deviennent plus responsables. D’après une récente étude Accenture, la principale raison qui motive les conducteurs français à opter pour un véhicule électrique est la cause environnementale, mentionnée par 69% des futurs acquéreurs. Ce marché poursuivra son essor dans les prochaines années. En effet, d’ici 2040, plus de 50 % des ventes mondiales de voitures seront électriques, représentant en France un marché d’une valeur de 200 milliards d’euros pour les Utilities, opérateurs de réseau et services, qui seront en position privilégiée pour en capter une majeure partie.

Cependant, certaines barrières à l’achat persistent. En France, 34 % des détenteurs de véhicules conventionnels affirment encore qu’ils n’achèteront jamais de véhicule électrique. Les raisons sont multiples :

  • Le prix d’achat trop élevé du véhicule (cité par 66% des réfractaires) et de la borne de recharge à domicile (25%)
  • L’immaturité technologique, en particulier un temps de recharge trop long (24%) pour une autonomie du véhicule encore faible (12%)
  • Le manque d’infrastructure, que ce soit en centre-ville ou en zones rurales (18%)
  • Auxquelles s’ajoutent plus globalement une réglementation incertaine et un manque d’informations.

Afin de capter la valeur de ce marché prometteur, voici quelques pistes qui peuvent permettre d’accélérer l’adoption du véhicule électrique.

Développer l’écosystème en favorisant les interconnexions entre acteurs et l’émergence d’une filière du véhicule électrique

De nombreux acteurs ont investi le marché du véhicule électrique : constructeurs automobiles, producteurs ou opérateurs de bornes de recharge, énergéticiens, ou encore fournisseurs de services variés.

Afin de promouvoir l’essor du véhicule électrique, les organismes publics, et en particulier l’Etat et les municipalités, ont également lancé de nombreuses initiatives, en équipant leurs territoires en bornes électriques et en permettant aux propriétaires d’y accéder à des prix particulièrement bas. De même, beaucoup d’employeurs ont équipé leurs stationnements afin de permettre à leurs employés de se recharger gratuitement au travail. Cependant, le développement de l’infrastructure reste faible et inégal : plus rapide en ville et parfois limité dans certaines zones rurales.

Les acteurs publics ne peuvent pas porter seuls le développement de l’infrastructure et peu d’acteurs privés sont prêts à investir sans l’assurance d’une rentabilité.

Un effort commun entre les acteurs publics et privés permettrait de mettre en place l’infrastructure nécessaire et attendue par le consommateur.

Les initiatives déjà existantes ont besoin d’être renforcées ou de changer d’échelle. Par exemple, le projet Corri-Door, datant de 2016, a pour but d’installer 200 bornes de recharge électrique rapide à travers les axes autoroutiers français. Ce projet a été co-financé par la Commission Européenne dans le cadre du programme Réseau transeuropéen de transport « RTE-T » ; le reste a été apporté par un consortium privé et coordonné par la filiale d’EDF, Izivia (ex-Sodetrel), montrant la volonté de favoriser l’essor du véhicule électrique. Cependant, moins de 5 % des ventes d’automobiles en France en 2018 concernent des véhicules électriques ou hybrides (source). D’autres initiatives internationales ont également pour but de promouvoir le développement du véhicule électrique tel que WEVA (World Electric Vehicle Association) qui regroupe des initiatives régionales en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. L’émergence de ce type de projets est prometteuse ; son renforcement sera clef pour le développement du secteur.

Aussi, pour leur donner plus d’impact et convertir le consommateur sur le long terme, les investissements et la communication autour du véhicule électrique devraient se concentrer dans un premier temps sur les usages et zones les plus propices à son développement, telles que les grandes villes ou certains territoires péri-urbains et ruraux.

Simplifier l’expérience client en proposant une offre « end-to-end »

Les différents acteurs de l’écosystème se partagent aujourd’hui le marché et chacun propose une offre sur une partie du parcours utilisateur : le véhicule, la borne de recharge privée ou encore l’accès aux bornes publiques. L’information est ainsi diluée : le consommateur ne sait pas comment accéder simplement à l’ensemble des services du véhicule électrique. C’est pourquoi 51% des futurs acheteurs souhaitent bénéficier d’une offre groupée comprenant également la borne de recharge.

Jusqu’à présent, les constructeurs automobiles étaient perçus par les consommateurs comme les interlocuteurs privilégiés de la mobilité électrique, mais à ce jour, peu sont en mesure d’offrir l’intégralité des services à leur client. En effet, seul Tesla semble se distinguer avec une offre de bout en bout intégrant la vente du véhicule électrique, l’installation de la borne de recharge, des solutions de production d’énergie, et l’accès à un réseau de bornes international.

Pour être compétitif et proposer une offre complète, sans multiplier le nombre d’interlocuteurs, différents scénarios de structuration de l’industrie sont envisageables : consolidation du marché, mise en place de partenariats stratégiques ou encore élaboration de nouvelles normes. C’est pourquoi nous observons actuellement une multiplication de partenariats entre acteurs de l’écosystème pour couvrir l’ensemble de la chaine de valeur. Par exemple, les constructeurs automobiles s’associent avec des fournisseurs de bornes à domicile. Début 2019, Renault s’est ainsi associé avec Newmotion, un fournisseur de bornes de recharge.

Consolidation du marché

Le marché de l’e-mobilité pourrait se transformer grâce à une réorganisation des acteurs présents dans les années à venir.

Elaboration de nouvelles normes

Des normes sur la sécurité et l’interopérabilité existent déjà. De nouvelles pourraient également imposer à l’ensemble des acteurs un cadre unique.

Création de partenariats verticaux

Les partenariats avec d’autres acteurs de la chaîne de valeur permettront de proposer une offre plus complète aux utilisateurs finaux.

Collaboration entre acteurs horizontaux

Les fusions et acquisitions pourraient faire évoluer le paysage du marché du véhicule électrique.

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Au-delà de ces partenariats verticaux, l’écosystème s’associe également pour offrir aux consommateurs l’accès à un réseau de recharge de plus en plus vaste. Ainsi, certains opérateurs de réseaux de bornes les rendent interopérables. C’est le cas de EVBox (acquis par Engie en 2017) et ChargePoint qui ont pour objectif d’être à la tête de 3,5 millions (source) de points de charge dans le monde. De nouveaux acteurs appelés Mobility Service Provider (MSP), tels que ChargeMap, se spécialisent dans cette activité en se positionnant comme intermédiaires entre les consommateurs et une multitude d’opérateurs de réseaux de bornes. L’accès à un vaste réseau de bornes est également facilité par le développement des plateformes digitales d’interopérabilité (telles que Gireve et Hubject), faisant le lien entre les gestionnaires de bornes (CPO) et les opérateurs de mobilité (MSP).

Les opérateurs de réseaux traditionnels s’inscrivent également dans cette tendance, comme le souligne Jean-Baptiste Galland, Directeur Stratégie chez Enedis : « La mobilité électrique étant le moyen le plus efficace de se libérer de la dépendance aux hydrocarbures fossiles dans le domaine des transports et d’en réduire ainsi l’empreinte carbone, il faut que cette évolution s’amplifie. Pour y parvenir, ENEDIS s’engage tous les jours avec les partenaires de la filière mobilité électrique sur le terrain et à l’échelle nationale avec deux priorités : proposer et mettre en pratique des solutions pour chacun des usages de la mobilité électrique et anticiper l’avenir par exemple en travaillant à la couverture de tout le territoire de solutions de recharge et en développant l’interopérabilité. »

De nouveaux standards permettant notamment une plus grande interopérabilité (via le protocole OCPI) ou la standardisation des prises de recharge tendent également à simplifier l’écosystème du véhicule électrique.

Transformer les habitudes de vie du consommateur grâce au véhicule électrique

Le véhicule électrique transforme le secteur de la mobilité, mais pas seulement. En effet, de nombreuses opportunités se présentent au détenteur de véhicules électriques qui voit ses habitudes de consommation réinventées.

De nouveaux services liés à l’énergie émergent et pourraient représenter 6 milliards d’euros en France d’ici 2040. D’après notre étude, 72% des futurs propriétaires de véhicules électriques se disent intéressés par le smart charging permettant de gérer avec intelligence le chargement de plusieurs véhicules au même moment et d’éviter des pics de demande, notamment avec l’essor de la coentreprise. 20% d’entre eux souhaiteraient également pratiquer le V2G (vehicle to grid), ce qui leur permettraient de jouer sur la batterie de leur voiture pour aplanir leur consommation électrique de l’ensemble de leur foyer/bâtiment et ainsi réduire les dépenses en énergie.

72%

des futurs propriétaires de VE veulent bénéficier du smart charging.

20%

des futurs propriétaires de VE souhaiteraient bénéficier du vehicle to grid.

De plus, de nouveaux partenariats et des offres innovantes sont en train d’être lancés pour s’adresser au consommateur pendant que son véhicule se recharge, créant ainsi de nouvelles opportunités de ventes de services additionnels (upsell) pour des acteurs adjacents au marché de la mobilité verte (e.g. partenariat avec des hôtels / restaurants).

Grâce aux données collectées via les plateformes, le véhicule électrique s’adapte également aux habitudes de vie actuelles de l’utilisateur : les applications recommandent aux consommateurs du meilleur moment et endroit pour se recharger en fonction de leurs parcours, contraintes, des tarifs et places disponibles pour la recharge.

Afin de capter le potentiel prometteur du marché du véhicule électrique, les acteurs doivent être en mesure de répondre aux besoins des consommateurs en développant ensemble l’infrastructure, en communiquant davantage sur les bénéfices du VE, en simplifiant au maximum l’expérience client, et en proposant des nouveaux services innovants qui bouleversent le quotidien du consommateur, au-delà de la mobilité. Un passage à des initiatives transverses unifiées plutôt qu’individuelles et isolées permettrait d’accélérer l’adoption du véhicule électrique par le consommateur.

A propos des auteurs

Arnaud Beaufeist

Managing Director – Accenture Strategy​


Louis Vatier

Manager – Accenture Strategy


Sam Khouzami

Business manager – Accenture Strategy


Helena Deresse

Analyste – Accenture Strategy


Louise Claustre

Analyste – Accenture Strategy

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