Richard Descoings, directeur de l’Institut d’Etudes politiques de Paris
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On parle souvent de « génération Y » pour définir les actuels descendants du baby-boom, aujourd’hui âgés de 18 à 26 ans. Ils sont les étudiants de votre école et des lycées avec lesquels vous travaillez. En quoi sont-ils différents des actuels trentenaires ?
Ils sont très mobiles. Le Net a fait bouger les mentalités. Chacun peut chercher du sur-mesure dans un espace temps rendu plus immédiat et global à la fois. L’environnement de cette génération est par excellence à géométrie variable. C’est la première génération qui n’a pas connu la guerre froide. Une génération qui grandit dans un monde extraordinairement complexe et qui résiste au schématisme.
Pour les trentenaires d’aujourd’hui, l’international faisait déjà partie des horizons possibles. Pour les actuels 18-26 ans, il fait partie de la réalité. Chaque étudiant de Sciences Po passe ainsi au moins un an à l’international durant sa scolarité, parfois deux, dans le cadre des doubles diplômes que nous avons par exemple avec Columbia ou la London School of Economics. Génération monde. La plupart ont pris conscience également de l’enjeu qu’il y a à ne pas rester entre soi. Génération diversité. Mais ce n’est encore que le début. Nous n’avons pas fini d’en mesurer les effets positifs.
Ont-ils une vision différente du monde du travail ? Vous paraît-elle hostile et révoltée, comme le craignent certains et comme pourraient le faire penser les récentes manifestations anti-CPE ou les émeutes en banlieue ?
La crise du CPE a sans doute été, avant tout, une crise de la précarité. Je crois pouvoir déceler une grande pugnacité chez cette génération, et de la débrouillardise aussi. Elle a une place importante à prendre. Les jeunes sont de plus en plus rares. Chaque talent est précieux et demande à être reconnu et valorisé. Parallèlement, l’inégalité des chances n’a peut-être jamais aussi été criante depuis une trentaine d’années. C’est une rigidité du système. Les conséquences économiques et sociales en deviennent de plus en plus pesantes. Savoir mobiliser tous les talents est devenu une question d’intérêt général. Qu’est-ce que ces jeunes attendent prioritairement des entreprises qui les embauchent ? Et en quoi ces attentes sont-elles là aussi différentes des actuels trentenaires ?
Du sur-mesure, de la réactivité, du dynamisme. Non seulement ils n’ont pas peur de bouger eux-mêmes, mais ils demandent aussi de vivre dans une entreprise qui bouge. La relativité générale se diffuse jusque dans l’espace social. Ce n’est plus la révolution copernicienne du changement de centre. Leurs repères et leurs attentes, ce sont des centres multiples et eux-mêmes en mouvement. Les entreprises semblent-elles, selon vous, prendre le pli de ces nouvelles aspirations ? Aussi bien dans leurs efforts de recrutement que d’intégration ?
Dans le recrutement, l’entreprise procède à une approche de plus en plus fondée sur la séduction et le jeu : on le constate par la multiplication de tournois d’entreprises, de concours inter-étudiants, de soirées-cocktails, d’événements festifs ou ciblés par catégorie (Women Events). Il s’agit alors de montrer un visage de l’entreprise, certes plus compétitif, mais aussi plus convivial, plus ouvert, plus soucieux de diversité. En ce qui concerne l’intégration, toutes les entreprises mettent l’accent sur le fait que le jeune diplômé sera formé tout au long de sa carrière et suivi personnellement (parrain, coach, « buddy »).
Les entreprises prodiguent un effort très conscient à destination de ces nouvelles générations : elles ont besoin de ces jeunes. Je ne sais qui, de ces jeunes ou de l’entreprise, va le plus transformer l’autre. [Date de parution : 4ème trimestre 2006]
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