Télécharger : L’entretien (pdf, 63 KB) Acrobat Reader Auteur du pamphlet Le grand gâchis, splendeur et misère de la science française(Eyrolles), Olivier Postel-Vinay décrypte la crise actuelle de la recherche. Notre recherche publique est-elle confrontée, comme la R&D des entreprises, à une crise de productivité ? Tout à fait. Mais le problème se situe plus dans la répartition des dépenses que dans le manque de moyens ! Contrairement à ce que l’on entend, la France est le pays d’Europe où l’Etat dépense le plus pour la R&D ! C’est également l’un des pays qui compte la plus grande proportion de chercheurs parmi ses fonctionnaires. Pourtant, à l’arrivée, on se situe entre la neuvième et la quatorzième place mondiale en termes d’impact des publications scientifiques – l’un des critères les plus pertinents. Qu’est-ce qui explique ce manque de résultat ? Avant tout, un manque d’évaluation. Aucun travail n’a jamais été fait, ni à Matignon ni dans les ministères, pour mesurer l’impact réel de notre recherche. Les politiques ne veulent pas s’embarrasser, les chercheurs rechignent à être jugés. Résultat : on finance sans savoir ! Même le CNRS n’a pas été évalué une seule fois depuis sa création. Le seul qui ait tenté de le faire, Claude Allègre, a vite dû renoncer… Qu’est-ce qui occasionne cette improductivité des dépenses ? Là encore, il faut se reporter aux chiffres. Les fonds de l’Etat sont en grande partie absorbés par les dépenses de personnel, dont une partie non négligeable ne produit pas ou peu de recherche. Au CNRS, 80 % du budget va à la masse salariale. Ce qui entraîne nécessairement un sacrifice des dépenses d’équipement ou de fonctionnement ! Pour enrayer ce phénomène, il faudrait évaluer les structures et mieux rentabiliser les personnels. Quel est le rôle des entreprises dans ce débat ? Il est essentiel. Les entreprises réclament depuis longtemps une recherche publique qui décoiffe, capable d’avoir un effet d’entraînement sur leurs labos. Ce n’est pas vraiment le cas. Le pourcentage d’entreprises ayant passé des accords avec des labos publics reste faible, particulièrement pour les PME qui ont été négligées jusqu’à présent. Il faut les remettre en avant. Quelles réformes s’imposent ? J’ai été frappé par les mesures qui ont été prises… en Chine ! Pour réformer le système issu du modèle soviétique, les autorités ont créé un fond public destiné à financer non pas les laboratoires, mais directement les projets. Les chercheurs peuvent s’y adresser librement. C’est un comité international d’experts qui attribue les enveloppes budgétaires. Ça marche très bien là-bas. Je pense que cette logique de gestion par projet, déjà en vigueur dans les entreprises, serait un bon moyen pour rendre notre système plus dynamique. [Date de parution : 2ème trimestre 2004] |